Jean-René Aymes (1937-2020)
 
Deux textes d'hommage, écrits par Serge Salaün et Françoise Étienvre, ont été publiés sur le site du CREC. Un extrait de l'entretien (vidéo) réalisé par Ivanne Galant et Jorge Villaverde, dans le cadre de leur projet "Des hispanistes en voyage", est également disponible à cette adresse-ci.
 
Voici également le texte d'hommage rédigé par Marie-Angèle Orobon et Frédéric Prot, qui paraîtra dans la revue Les Langues Néo-Latines, nº 395, de décembre 2020 et que nous reproduisons avec l'accord de sa directrice, Catherine Heymann, que nous remercions infiniment :
 
L’hispanisme vient de perdre en Jean-René Aymes un de ses plus éminents historiens. Spécialiste de l’Espagne des Lumières, de la Guerre d’Indépendance, du libéralisme révolutionnaire et du romantisme, il laisse une œuvre considérable dont l’importance lui valait admiration et respect en France et surtout peut-être en Espagne. Parce qu’il fut pionnier dans plusieurs de ses domaines d’investigation, il était une autorité, même si, par une ineffable réserve qui était son élégance, il aurait vivement récusé le mot. Aussi tous ceux qui l’ont connu et ont bénéficié de son savoir, ressentent, au souvenir de sa générosité et de sa gentillesse, une profonde tristesse depuis sa mort, survenue brutalement le dimanche 8 novembre.
Professeur émérite de l’Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, Jean-René Aymes a consacré ses recherches et son enseignement à l’histoire politique et culturelle de l’Espagne à une époque décisive de sa transition vers la modernité (dernier tiers du XVIIIe siècle - première moitié du XIXe siècle). Comme tel était son caractère, il pratiqua le métier d’historien à hauteur d’homme. Il s’attacha à l’expérience individuelle de la violence politique, dans la guerre, la déportation et l’exil notamment, et celle collective de la construction d’une société autour de valeurs fédératrices.
Né en 1937 à Fumel (Lot-et-Garonne), Jean-René avait intégré l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud par la voie du mérite après s’être distingué au sein de l’École Normale Primaire, comme cela était possible à l’époque. Agrégé d’espagnol, il enseigna quelques années dans le secondaire avant de devenir maître-assistant à l’Université de Caen. En 1979, il était élu Professeur à l’Université de Tours puis, en 1991, à celle de Paris 3- Sorbonne Nouvelle où il enseigna jusqu’à son éméritat en 2000.
Plusieurs fois directeur d’UFR, il développa une grande activité au sein d’équipes de recherche dont il fut le (co)fondateur : le CIREMIA (Centre Interuniversitaire de Recherche sur l’Éducation et la Culture dans le Monde Ibérique et Ibéro-américain) lancé à Tours en 1985 au côté d’Ève-Marie Fell et de Jean-Louis Guereña, auquel il resta fidèle après son élection à la Sorbonne Nouvelle en participant à tous ses colloques ; le CRODEC, à Paris 3, en 1991 (Centre de Recherche sur les Origines de l’Espagne Contemporaine) dont le statut de « Jeune Équipe », selon la dénomination institutionnelle, amusait Jean-René du fait, disait-il en souriant, de « l’âge du géniteur » ; et le CREC en 1996 au côté de Serge Salaün (Centre de Recherche sur l’Espagne Contemporaine).
A Tours, où il présida la Régionale de la Société des Langues Néo-latines, Jean-René reprit le flambeau de la série des Études Hispaniques créée quelques années auparavant par Augustin Redondo. Les volumes qui parurent sous son impulsion furent consacrés à des thèmes alors novateurs : « Communautés nationales et marginalité », « Voyages et séjours d’Espagnols et d’Hispano Américains en France ». Soucieux de synergies entre chercheurs, il s’engagea avec enthousiasme dans des travaux sur la question pionnière de l’Éducation (colloques de 1987 sur « École et Église », puis, de 1990, sur l’Université), alors que le thème commençait seulement à émerger en Espagne. Il coédita ainsi plusieurs ouvrages : École et société en Espagne et en Amérique latine (XVIIIe-XXe siècles) (1983) ; L’enseignement primaire en Espagne et en Amérique latine du XVIIIe siècle à nos jours–Politiques éducatives et Réalités scolaires (1986) ; ou encore Matériaux pour une histoire de la scolarisation en Espagne et en Amérique latine (XVIIIe-XXe siècles) (1990). Avant de cofonder le CIREMIA, il anima l’équipe de recherches hispaniques de l’Université de Tours baptisée « Mentalités et comportements collectifs dans le monde ibérique et ibéro-américain ».
L’approche comparatiste et transdisciplinaire de la culture défendue pendant sa carrière tourangelle se trouva amplifiée au sein du CRODEC de Paris 3. Ce groupe allait réunir, selon le vœu de son fondateur, chercheurs français, espagnols et nord-américains, en inscrivant au cœur de ses problématiques le point de vue comparatiste, c’est-à-dire les influences, modèles, contacts, conflits entre France et Espagne et, plus généralement, « l’image de l’autre ». Deux ouvrages, fruits de deux colloques organisés en 1993 (en collaboration avec Françoise Étienvre et Claude Morange de l’Université de Paris 3) et en 1995 (avec Javier Fernández Sebastián, de l’Universidad de País Vasco), portèrent à la connaissance du public les réflexions transpyrénéennes menées au sein du CRODEC selon des perspectives novatrices –notamment l’interdisciplinarité– et dans des champs encore peu explorés à l’époque : la lexicographie comparée, les mentalités et les différentes formes de sociabilité.
Les séminaires mensuels du CREC qu’il anima conjointement à Serge Salaün jusqu’à son départ à la retraite en 2000 ont donné lieu à trois coéditions aux Presses de la Sorbonne Nouvelle : Être espagnol (2000), Le métissage culturel en Espagne (2001), Les fins de siècle en Espagne (2003).
L’historien qu’était Jean-René Aymes trouva, dans les années soixante-dix, un premier grand foyer d’expression dans les célèbres colloques de Pau organisés par Manuel Tuñón de Lara, où se retrouvaient des historiens espagnols –parmi lesquels Alberto Gil Novales ou Antonio Elorza– et de jeunes hispanistes qui allaient marquer d’une impulsion nouvelle le domaine de l’histoire contemporaine, Jacques Maurice, Brigitte Magnien, Jean-François Botrel, Carlos Serrano, Paul Aubert, Jean-Michel Desvois, Gérard Brey et Jean-Louis Guereña.
Sa thèse d’État, soutenue en 1978 sous la direction du professeur Paul Guinard (Paris IV) et publiée en 1983 sous le titre La déportation sous le Premier Empire. Les Espagnols en France (1808-1814) (Paris, Publications de la Sorbonne) a constitué « un apport des plus considérables à la connaissance de l’une des périodes les plus difficiles des relations franco-espagnoles » (Gérard Dufour, Bulletin Hispanique, n°3-4, 1984).
Il ne fait pas de doute que Jean-René Aymes a représenté cet hispanisme rayonnant et conquérant de nouveaux terrains d’étude, comme la littérature de voyage (L'Espagne romantique : témoignages de voyageurs français, Paris, 1983), la presse et les arts. Il a été l’un des pionniers, dans le domaine hispanique, de l’histoire culturelle et de l’histoire des concepts, revenant et enrichissant sans cesse sa réflexion sur les notions clés de l’ère contemporaine : liberté, nation ou souveraineté – mots qui, disait-il, étaient des « armes de combat » dotées d’« une force terrible ». Ses travaux se distinguent, outre par leur rigueur et érudition, par un style à la fois alerte et élégant. Il était tenu en grande estime par ses pairs historiens espagnols notamment pour ses nombreux travaux sur la Guerre d’Indépendance et son approche novatrice en tant que guerre d’opinion entre propagande et contre-propagande. Un de ses ouvrages, objet de nombreuses rééditions depuis 1984 (Siglo XXI de España), demeure un manuel classique pour tous les étudiants en histoire en Espagne, ainsi que pour les étudiants hispanistes. Citons aussi La guerra de España contra la Revolución francesa, 1793-1795 (Alicante, Instituto de cultura Juan Gil-Albert, 1991) et L'Espagne contre Napoléon : la guerre d'Indépendance espagnole, 1808-1814 (Paris, Nouveau monde éd., Fondation Napoléon, 2003).
Après son départ à la retraite, un ouvrage d’hommage édité par Françoise Étienvre, professeur à l’Université de Paris 3, avait réuni une sélection de ses travaux, Voir, comparer, comprendre - Regards sur l'Espagne des XVIIIe et XIXe siècles (Paris, PSN, 2003). Le titre est évocateur d’une recherche en mouvement nourrie par le dialogue entre les cultures. Cet ouvrage dressait un panorama ordonné en trois axes reflets de sa recherche : l’Espagne des Lumières ; l’Espagne et la Révolution française –problématique où ses apports sont essentiels– ; et l’époque romantique. L’entrée dans l’éméritat et dans le nouveau siècle a inauguré une nouvelle étape qui s’est traduite par une production fertile. Deux commémorations, en particulier, allaient solliciter sa participation à des colloques en Espagne, en France et en Italie, les bicentenaires de 1808 et 1812, ajoutant à sa vaste bibliographie de nouveaux titres, fruits de nouvelles recherches, comme La Guerra de la Independencia: héroes, villanos y víctimas (1808-1814) (Lleida, Milenio, 2008). Mais il faut aussi mentionner, entre autres, ces deux ouvrages liés à ses thèmes de prédilection retravaillés et approfondis : Ilustración y Revolución francesa en España (Lleida, Milenio, 2005) et Españoles en París en la época romántica 1808-1848 (Madrid, Alianza Editorial, 2008), où il dressait une magnifique galerie de portraits de ces militaires, journalistes, politiques et artistes dans leur exil parisien.
Il lui tardait de pouvoir retourner en Espagne, à la sortie de ce confinement qui le privait des archives, des bibliothèques et de ses amis fidèles d’outre-Pyrénées. En infatigable chercheur qu’il a été jusqu’à son décès brutal, il venait d’achever un ouvrage sur l’émigration afrancesada et absolutiste en France dans les premières décennies du siècle, qui constituait la suite de La Guerra de la Independencia y la posguerra : Yo, para mi desgracia, estaba allí... : Los escritos de los prisioneros españoles deportados y de los emigrados afrancesados en Francia (1808-1820), dont le premier tome a été publié en 2016 (Madrid, FEHME) et qui fera l’objet d’une édition posthume. Il disparaît un an à peine après Claude Morange, maître de conférences honoraire de la Sorbonne Nouvelle, également remarquable dix-huitiémiste et spécialiste du libéralisme. La disparition de son camarade de promotion à l’ENS auquel l’avait toujours uni un compagnonnage amical et intellectuel l’avait profondément attristé.
Mais, pour nous, évoquer la figure de Jean-René Aymes ne peut se limiter au professeur, au chercheur et au directeur de recherches. À sa rigueur et à sa générosité intellectuelles s’ajoutaient la simplicité, la gentillesse et l’humour. Ce natif du Sud-Ouest, dont il avait conservé un léger accent, aimait les voyages, passion qu’il partageait avec son épouse Madeleine, disparue en décembre 2015, historienne de formation, qui avait aussi partagé son goût de l’archive et de l’étude. Ensemble ils avaient visité plusieurs pays andins, dont ils avaient rapporté une belle collection de huacos qui ornait le salon de leur appartement. Tous deux amateurs de musique, baroque notamment, ils étaient des habitués des concerts du Temple parisien des Billettes à la superbe acoustique. Une photo récente le représente dans le bureau de son appartement du XIIe arrondissement de Paris. Son air naturellement sérieux est éclairé par un regard clair et vif qui laisse deviner l’enthousiasme inquieto qui l’animait.
Marie-Angèle Orobon et Frédéric Prot
(Universités Sorbonne Nouvelle et Bordeaux Montaigne)
 
Legardeta, 9 de noviembre del 2020

Señores,

Es con gran pesar que tenemos que comunicar que hace tan sólo dos días falleció en Paris víctima del Covid-19 el ilustre miembro del Foro para el Estudio de la Historia Militar de España (FEHME) y Profesor Emérito de la Universidad de la Sorbona Jean-René Aymes.

Nacido en Fumel (departamento de Lot-et-Garonne), Jean-René fue uno de los hispanistas más reconocidos y admirados desde la publicación en 1978 de su tesis La déportation sous le Premier Empire. Les Espagnols en France (1808-1814). Conocedor profundo de nuestro idioma, enamorado de nuestra cultura y visitante frecuente de los archivos españoles, el Profesor Aymes era una persona sencilla, amable y dispuesta a ayudar a todos los que buscaban la luz de sus conocimientos. Tras nueve años en la Universidad de Caen, Aymes es contratado en la Universidad François Rabelais de Tours en 1979, donde impulsa la creación del CIREMIA (Centre interuniversitaire de Recherche sur l’Éducation et la Culture dans le Monde Ibérique et ibéro-américain), organizando frecuentes coloquios en Francia y España. En 1991 pasó a ejercer la cátedra de Español en la Sorbona Paris III.

Autor prolífico sobre temas del siglo XVIII y XIX, su erudición no le impidió escribir con fluidez y soltura sobre los temas más complejos. Es suyo un libro hoy convertido en manual imprescindible para acercarse a un período capital de nuestra historia: La Guerra de la Independencia en España (editado en 1974 por Siglo XXI Editores y reimpreso varias veces). El FEHME tiene previsto publicar a comienzos del 2021 lo que será el libro póstumo de Aymes: Yo para mi desgracia estaba allí (2ª parte).

Su extensa bibliografía incluye multitud de artículos y comunicaciones y ponencias sobre la literatura y la sociedad hispana en el siglo XVIII y XIX. Entre los libros recientes más destacados:

- Ilustración y Revolución francesa en España. Milenio. / 978-84-9743-155-2

- La Guerra de la Independencia: héroes, villanos y víctimas (1808-1814). Milenio / 978-84-9743-260-3

- La Guerra de la Independencia en España (1808-1814). Siglo XXI de España Editores / 978-84-323-1335-6

- Memorias sobre la guerra de los franceses en España. SÍLEX EDICIONES / 978-84-7737-439-8

- La Guerra de la Independencia (1808-1814): calas y ensayos. Doce Calles / 978-84-9744-091-2

- Españoles en París en la época romántica 1808-1848. Alianza Editorial / 978-84-206-8389-8

- La Guerra de la Independencia y la posguerra Yo, para mi desgracia, estaba allí…. Foro para el Estudio de la Historia Militar de España / 978-84-942122-9-1

- Aragón y los románticos franceses (1830-1860). Guara / 978-84-85303-87-8

- Francia en España, España en Francia. La historia de la relación cultural Hispano-Francesa (siglos XIX-XX). Ediciones Universidad de Salamanca / 978-84-7800-678-6

- Memorias sobre la guerra de los franceses en España. Servicio de Publicaciones de la Universidad de Cádiz / 978-84-9828-332-7

. Los españoles en Francia (1808-1814). Siglo XXI de España Editores / 978-84-323-0610-5

- La guerra de España contra la revolución francesa. Instituto Alicantino de Cultura Juan Gil-Albert / 978-84-7784-918-6

- España y la revolución francesa. Editorial Crítica / 978-84-7423-393-3

- Ilustración y liberalismo 1788-1814. PATRIMONIO NACIONAL / 978-84-7120-420-2

- L'Espagne contre Napoléon: La Guerre d'indépendance espagnole. Nouveau Monde / 978-2-84736-021-9

- Las visiones francesas de la Guerra de la Independencia. Fundación Gustavo Bueno / 978-84-92993-14-7

- La imagen de Francia en España (1808-1850). Universidad del País Vasco / 978-84-7585-924-8

Descanse en paz Jean-René, un amigo de España y un investigador incansable de nuestra historia.

José María Espinosa de los Monteros - Presidente FEHME


Robert JAMMES (1927-2020)

Robert Jammes naît le 27 avril 1927 dans une famille de modestes agriculteurs de la petite ville ariégeoise de Pamiers, où il passe son enfance et son adolescence. Sa famille maternelle, depuis trois générations, y pratique le maraîchage et ses parents, conscients des capacités intellectuelles exceptionnelles de leur enfant mais tout autant persuadés que dans la vie il faut avoir plusieurs cordes à son arc, l’initient à toutes les tâches agricoles. Un enseignement qu’il n’oubliera jamais et une pratique que jamais il n’abandonnera : pour transmettre cet héritage, il rédigera, à la retraite, nombre de rubriques “agricoles” publiées dans le Bulletin Municipal de Vieille-Toulouse, rubriques qu’il signera du nom de Robert le jardinier, en écho à celui de Michel le jardinier alors célèbre sur nos antennes nationales.

Reste que l’écolier et le lycéen d’exception qu’est Robert sait fort tôt qu‘il ne perpétuera pas la tradition familiale. Sa mère, femme intelligente et dont il parle toujours avec une grande émotion, l’a bien compris et l’encourage à poursuivre des études. Il entre en hypocagne au lycée Henri IV. Mais, bientôt, la maladie le rattrape et c’est depuis Pamiers, où il est rentré se réfugier, qu’il prépare, pratiquement seul, le concours à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm où il intègre en 1947 et dont il sort agrégé d’Espagnol en 1951.

Nommé professeur au lycée de Carcassonne, il va rester peu de temps dans l’enseignement secondaire. Très vite il est sollicité pour donner quelques heures de cours à l’université de Montpellier et, dès 1953, y est recruté en tant qu’Assistant. En 1957, il est nommé Chargé d’enseignement à la Faculté des lettres de Grenoble, où il devient responsable du département nouvellement créé. Détaché au CNRS en 1962 (il en recevra la médaille de bronze en 1969), il se consacre pendant trois ans à la rédaction de sa thèse puis rejoint, en 1965, l’université de Toulouse-Le-Mirail où il exerce d’abord comme Maître-Assistant, puis comme Maître de conférences et, enfin, sa thèse soutenue à Bordeaux, comme Professeur. Tout au long de ces années, sa forte personnalité et sa fidélité à ses convictions (politiques notamment, puisqu’il est, depuis 1955, et restera toujours membre du Parti Communiste Français) l’amènent à se heurter, surtout dans la période agitée qui s’ouvre avec les mouvements des années 1968, à certains de ses collègues.

Entre-temps, en 1967, Robert Jammes a publié sa thèse sous le titre d’Études sur l’œuvre poétique de Don Luis de Góngora y Argote. C’est un ouvrage révolutionnaire, puisqu’il prend le contre-pied des études gongorines parues jusqu’alors, de cette critique partielle et formaliste à laquelle s’oppose sa vision d’ensemble de toute l’œuvre du poète ainsi qu’une analyse de son contenu et de sa signification. Et c’est un ouvrage qui s’imposera, dès sa parution, comme la Bible de tous les spécialistes de Góngora et de la poésie au Siècle d’or, ou, pour le dire avec les mots d’Antonio Carreira, comme « el Nuevo Testamento del gongorismo, con relación al Viejo, más formalista, representado por Dámaso Alonso ».

À vrai dire, ce n’était pas, en la matière, la première publication de Robert Jammes qui, entre 1956 et 2017, aura consacré une cinquantaine d’études au grand poète de Cordoue. Rappelons quelques titres essentiels :

– l’édition critique et annotée des Letrillas (1957) ;

– l’édition des Firmezas de Isabela (1984) ;

– l’édition des Soledades (1994) ;

– une anthologie bilingue de la poésie de Góngora : Comprendre Góngora (2009) ;

– l’édition et la traduction, avec version en prose, des Solitudes (2017).

Cet ensemble laisse apparaître plusieurs constantes de la production scientifique de leur auteur : une érudition hors pair appuyée sur une maîtrise parfaite des langues anciennes (latin et grec) ; une volonté de sortir du monde étroit des spécialistes pour rendre Góngora accessible à un public plus large, qu’il soit espagnol ou français ; un désir d’atteindre aussi le public étudiant qui, avec celui des jeunes chercheurs, sera l’objet d’une attention permanente de ce grand professeur.

C’est ainsi qu’il élaborera, avec la collaboration d’Odette Gorsse et du LESO, un manuel de version, plusieurs fois réédité (Vingt-six versions espagnoles [licence, concours], 1984) ; c’est ainsi, encore, qu’il réunit, avec Pierre Alzieu, Francis Cerdan, Yvan Lissorgues et Frédéric Serralta, un premier noyau de jeunes chercheurs travaillant sur le Siècle d’or, qui deviendra avec le temps une équipe associée au CNRS et l’un des premiers centres internationaux de la recherche sur la littérature de cette période ; c’est ainsi, enfin, qu’il sera à l’origine, avec Aurora Egido, de la création de l’AISO (Association internationale « Siècle d’or ») dont les trois premiers annuaires, jamais égalés, constitueront une base fondamentale pour l’organisation de la recherche auriséculaire dans le monde.

Cette préoccupation pour l’établissement d’instruments mis à la disposition de l’ensemble des chercheurs concernés se retrouvera, sous d’autres formes, dans la rédaction du Glosario de voces anotadas des cent premiers volumes des Clásicos Castalia (1993) ; elle trouvera surtout à s’exprimer dans la création, avec Odette Gorsse, de la revue Criticón qui, après avoir été l’une des très rares publications périodiques exclusivement consacrées au Siècle d’or, reste aujourd’hui une des principales revues de référence pour nombre de jurys chargés d’évaluer la recherche en cours.

Il va sans dire, finalement, que les intérêts scientifiques de Robert Jammes ne sont pas limités aux domaines que l’on vient de citer. Par-delà le champ gongorin, il a, avec Pierre Alzieu et Yvan Lissorgues, publié une anthologie pionnière de poèmes érotiques des XVIe et XVIIe siècles (Floresta de poesías eróticas, 1977) ; il a également réélaboré, en en modernisant et restructurant la présentation pour le lecteur d’aujourd’hui, le Vocabulario de refranes y frases proverbiales de Correas (2000) dont il avait retrouvé le principal manuscrit, l’offrant alors généreusement à Louis Combet pour qu’il puisse en faire une édition critique en guise de thèse.

« Généreusement » vient-on de dire. C’est là sans doute le trait principal de l’homme que fut Robert Jammes. Indifférent, pour ne pas dire réticent, aux honneurs (il avait refusé d’être le premier président de l’AISO qu’il venait de faire naître), redoutable satiriste des modes et dérives intellectuelles coupées de toute information scientifique sérieuse (Rétrogongorisme, 1978), Robert Jammes n’a jamais hésité à donner à ses collègues proches comme à ses collègues lointains, à partager avec eux son immense savoir. Aujourd’hui il nous a quittés, mais demeurera son rayonnement à travers la reconnaissance qu’éprouvent pour lui tant et tant de chercheurs qui, comme nous, ont pu croître sous son ombre tutélaire.

Odette Gorsse et Marc Vitse
(Université de Toulouse-Jean Jaurès)
 
Estimados colegas:
La muerte de nuestro amigo, colega y maestro el profesor Robert Jammes nos ha afectado mucho, y especialmente a los colaboradores de la revista CRITICÓN. Robert Jammes la fundó en 1978, fue director de la publicación hasta 2011 y director honorario a partir de 2012. En el año 2018 pudimos rendirle un homenaje con motivo de los cuarenta años de la Revista. Desgraciadamente no pudo estar con nosotros en el Instituto Cervantes de Toulouse.
Nos han llegado de todo el hispanismo marcas de amistad con motivo de su muerte. CRITICÓN no puede menos que abrir sus páginas a cuantos quieran manifestar al profesor Robert Jammes su respeto, su admiración y su reconocimiento.
Por eso la dirección de CRITICÓN propone un número especial In Memoriam que recogerá, sin renunciar a su conocida política de exigente selección, los artículos de cuantos quieran participar. Se publicará en 2022.
El tema del número es: Poesía y Teatro del Siglo de Oro
Las condiciones generales de entrega son la siguientes:
Título del artículo y resumen en español (no pasar de 15 líneas): 30 de julio de 2021.
Entrega del artículo (no podrá pasar de 40.000 caracteres, espacios incluidos): 1 de enero de 2022.
Las normas de presentación se encuentran en la edición papel y en la edición en línea de CRITICÓN.
Reciban un cordial saludo de la Dirección
 

 

Hasta esta triste tarde de abril en la que saltó a la pantalla de mi computadora la increíble noticia del fallecimiento de nuestro colega y amigo Venko, el 17 del mismo mes, la palabra Paradiso evocaba esencialmente para mí picantes y jocosos pensamientos. Acababa de releer, vaya a saberse por qué, el legendariamente escandaloso capítulo VIII de la célebre novela. Pero hoy ya no me divierten las andanzas de Godofredo el Malo, Fronesis y José Cemí. En adelante Paradiso estará emocionalmente relacionado con la persona de Venko, decorado en el 2016, en Cuba, con la Moneda Conmemorativa «Centenario de José Lezama Lima», en el marco del Coloquio Internacional «Pensamientos en La Habana a 50 años de Paradiso». De esta recompensa de la que estaba discretamente orgulloso, y de Cuba, hablamos un día, tardíamente, por teléfono, evocando con placer recuerdos comunes del Vedado, de la ampulosa Escalinata de la Facultad de Letras, de Copelia, del ICAIC, de la Casa de las Américas, de mil cosas entrañables de esta Cuba en la que se había formado de joven.
Venko Kanev, nacido en Bulgaria en 1942, era doctor en literatura hispanoamericana, graduado de la Universidad de La Habana y del Instituto de Literatura de Bogotá. Radicado en Francia desde hacía mucho, plenamente integrado en la sociedad francesa, enseñó primero en el colegio antes de ingresar en la Universidad. Profesor emérito en literatura y civilización de América Latina, enseñó en varias universidades (París, fugazmente, Poitiers, y Rouen ) con una dedicación, una generosidad y un humanismo ante los cuales se inclinan todos sus colegas. Poco afín a consensos insulsos, no veía con malos ojos los animados intercambios de ideas, las discusiones, los debates, y hasta las vivificantes polémicas que honran la vida universitaria.
Venko Kanev se dedicó con pasión a su labor de investigación y con empatía al acompañamiento de sus doctorandos. Se mostró fiel hasta el final a los múltiples centros de estudios hispanoamericanos a los que perteneció en las diversas etapas de su carrera universitaria. Siguió colaborando con sus colegas parisinos del CRICCAL, con el ERIAC ruanés y su fraternal equipo, con nuestra universidad de Poitiers y su centro de investigación, el CRLA. Sus asedios a la literatura hispanoamericana fueron muy numerosos y siempre enjundiosos. También fue responsable de la edición en búlgaro del Monde diplomatique.
Venko Kanev nos ha dejado, así como su esposa, segados ambos por la covid-19. Nos solidarizamos con el dolor de su hijo y su nieto a quienes queremos expresar nuestras sinceras condolencias. No olvidaremos al colega, al amigo, al compañero : activo, vital, comprometido. Más que un profesor universitario, Venko Kanev era —tal vez convenga la expresión— un « ciudadano del mundo ».
Maryse Renaud
 

 

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Appels à communication

Genre et Féminismes dans les Amériques latines [GeFemLat] - 07/06/2021
Appel à dossiers, contributions CCEC - 12/10/2021
Echanges, représentations et résistances dans le monde Afro hispano-américain - 02/06/2021
Appel à contribution - revue HispanismeS - 11/07/2021
Appel à contribution pour la Revista de Estudos Literários du Centre de Littérature Portugaise de l’Université de Coimbra - 31/07/2021
Appel à direction Revue Textes et Contextes 17.2 - 15/05/2021
Colloque international Tourisme, arts et territoires - 08/10/2021
Colloque International "Les migrants de l'espace hispanique et leur héritage linguistique en Europe francophone" - 01/07/2021
TRADUIRE LE DOUBLE LANGAGE : DOUBLE JEU ET DOUBLE SENS - 15/07/2021
Intime et Intimité au Siècle d’or II. Les lieux de l’intime et le rapport au corps en Europe aux XVI et XVII siècles - 04/06/2021
“ESCRITURAS Y POLÍTICAS DE LA MIRADA EN LA LITERATURA CHILENA E HISPANOAMERICANA” - 12/07/2021
CFP/ Teatro: Revista de estudios culturales, n°34 (2022) - 15/11/2021
CFP COLLOQUE POÉSIQUE 2021 – LA MUSIQUE DES SPHÈRES Université Grenoble Alpes, 2-3 décembre 2021 - 15/07/2021
Colloque " De l'événement à sa mise en récit : fictions, propagandes et polémiques historiographiques (Espagne, XVIe-XXIe siècles)" - 15/06/2021
Colloque International « Epistolâtries : mutations contemporaines et nouvelles approches d'étude de la lettre » - 15/06/2021
Coloquio A la izquierda. Horizontes literarios latinoamericanos (1980-2021)/À gauche. Horizons littéraires latino-américains (1980-2021) - 15/05/2021
Convocatoria / Appel à communication Jornada de Estudios PILAR 2021 - 15/05/2021
Empreintes d’ailleurs dans le monde hispanique contemporain (Colloque Hispanística XX 18-19 novembre 2021) - 15/05/2021
Improntas foráneas en el mundo hispánico contemporáneo (Coloquio Hispanística XX 18-19 de noviembre de 2021) - 15/05/2021
COLOQUIO INTERNACIONAL : VIOLENCIA DE ESTADO EN EL PERÚ. DEL CONFLICTO ARMADO INTERNO (1980-2000) A LA "GENERACIÓN DEL BICENTENARIO" - 20/06/2021

Congrés, colloques et journées d'étude

08/04/2021 - Genre et Féminismes dans les Amériques latines [GeFemLat]
09/04/2021 - Appel à dossiers, contributions CCEC
09/04/2021 - Echanges, représentations et résistances dans le monde Afro hispano-américain
11/04/2021 - Appel à contribution - revue HispanismeS
11/04/2021 - Appel à contribution pour la Revista de Estudos Literários du Centre de Littérature Portugaise de l’Université de Coimbra
15/04/2021 - Appel à direction Revue Textes et Contextes 17.2
17/04/2021 - Colloque international Tourisme, arts et territoires
10/05/2021 - Colloque International "Les migrants de l'espace hispanique et leur héritage linguistique en Europe francophone"
10/05/2021 - TRADUIRE LE DOUBLE LANGAGE : DOUBLE JEU ET DOUBLE SENS
11/05/2021 - Intime et Intimité au Siècle d’or II. Les lieux de l’intime et le rapport au corps en Europe aux XVI et XVII siècles
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20/05/2021 - COLOQUIO INTERNACIONAL : VIOLENCIA DE ESTADO EN EL PERÚ. DEL CONFLICTO ARMADO INTERNO (1980-2000) A LA "GENERACIÓN DEL BICENTENARIO"

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