C’est avec une immense tristesse que nous vous communiquons le décès de notre collègue et Professeur émérite en littérature et civilisation de l’Amérique latine Венко Кънев / Venko Kanev.

Il est parti ce matin du dix-sept avril, après avoir passé douze longs jours en réanimation dans un hôpital parisien. Il nous a dit adieu dans un touchant message où il se remémorait de bons souvenirs de sa carrière en France.
Ce n’est ni le lieu ni le moment pour rendre compte ici de ses considérables travaux scientifiques, de ses écrits et de ses activités de tout type, auxquels il s’est consacré aussi bien au sein de l’Eriac qu’à l’extérieur, et également dans notre Département.

Il a été un grand enseignant, un généreux directeur de nombreux mémoires, thèses et HDR et un collègue très apprécié.

De sa dernière contribution, il nous a laissé cet enregistrement où il nous apprend beaucoup de choses, cette fois sur la Bulgarie, sa terre natale. Pour se souvenir de lui et continuer à le voir et à l’écouter : https://webtv.univ-rouen.fr/videos/venko-kanev-universite-de-rouen-la-concepcion-de-la-democracia-en-siglo-y-medio-en-bulgaria/ 

Engagement, fidélité et clairvoyance étaient des qualités, parmi tant d’autres de Venko, lui qui va profondément nous manquer.

Nous nous joignons à la douleur de ses autres amis et de sa famille, et en particulier de son fils et de son petit-fils, dont la mère et la grand-mère, Nuri, est décédée dans les mêmes circonstances. C’est terrible.

Lise Demeyer
Livia Escobar
Xavier Rabassò
José Vicente Lozano


 

Robert Basterra
 
Robert Basterra, Inspecteur général d’espagnol honoraire, est décédé le 29 janvier 2020. Il avait atteint quelques jour plus tôt l’âge de 90 ans.
Né à Gan, au pied des Pyrénées, il devint professeur d’espagnol certifié en 1957, puis agrégé en 1960. Nommé Inspecteur pédagogique régional en 1967, il fut successivement affecté dans l’académie de Bordeaux, dans celle de Nantes en 1970 et enfin à Paris en 1972. En 1978, il fut nommé Inspecteur général.
Mais il faut aller au-delà de ces repères administratifs pour mesurer l’importance de son rôle dans l’histoire de la discipline.
Caminos del idioma, collection lancée en 1987, a profondément et durablement marqué toute une génération de professeurs d’espagnol du second degré. Sous sa direction, ces manuels engagèrent une véritable refondation de l’enseignement de la discipline au moment même où les effectifs des élèves entamaient une progression sans précédent. Le succès auprès des enseignants devait se poursuivre avec la collection Gran Vía en 1992, qui approfondissait et enrichissait la perspective ouverte.
Pour la résumer d’un mot, il s’agissait de la recherche exigeante et sans exclusion de l’authenticité. Tout d’abord en reconnaissant que la langue n’est pas seulement porteuse de culture, mais qu’elle est elle-même culture aux multiples facettes. On ne dit que si l’on a à dire. Aussi la communication n’était jamais envisagée comme un exercice purement formel et désincarné. Il fallait établir un véritable contact avec des documents directement issus des réalités hispaniques de toutes époques et de tous lieux. Pages de littérature, articles de journaux, œuvres picturales, publicités, photographies de qualité, séquences télévisées ou filmiques. La perception intelligente et émotionnelle donnait sens à la prise de parole. Des champs nouveaux s’offraient ainsi à la découverte. Insistons en particulier sur la place accordée au cinéma qui devait par la suite faire l’objet d’une épreuve au CAPES. Les cassettes consacrées au film de Luis Buñuel Los olvidados en 1991, puis à celui de Víctor Erice El Sur en 1992 complétaient les manuels. Cette recherche d’une parole authentique en classe d’espagnol était soutenue par des livres du professeur denses, écrits en espagnol et qui liaient étroitement connaissance et pédagogie. On ne peut donner à voir et à comprendre que ce que l’on a compris soi-même, telle était l’ambitieuse devise.
Nul doute que cette approche qui invitait à la découverte a contribué à redéfinir la fonction des professeurs d’espagnol et à l’essor de la discipline.
Intransigeant, Robert Basterra se sentait investi d’une mission. Cela conduisit à une fin de carrière dramatique. En 1989, il présidait le jury du CAPES qui, estimant que nombre de candidats n’avaient pas un niveau suffisant, prit la décision de ne pourvoir que 245 des 488 postes mis au concours. Le heurt avec l’autorité de tutelle, qui avait choisi d’augmenter considérablement le nombre de places offertes, était inéluctable. Le 4 septembre, Lionel Jospin, Ministre de l’Éducation nationale à l’époque, déclara à une heure de grande écoute dans l’émission télévisée L’Heure de Vérité qu’il « n'arrivait pas à croire que, en France, des centaines de jeunes passés dans nos universités n'aient pas le niveau minimum en espagnol pour enseigner à nos élèves dans les lycées ». Le verdict était sans appel. De quel côté se trouvait la raison ? Les faits sont là et la question n’a plus sens, mais Robert Basterra, désavoué, mit fin à sa carrière et prit sa retraite dès le mois de janvier 1990.
Un mot sur la personne, pour finir. Robert Basterra pouvait certes être tranchant ; mais je ne compte pas les fois où constatant nos divergences sur un sujet décisif, il m’avait incité à « ferrailler », le terme était le sien, pour essayer de le convaincre de revenir sur son premier jugement. Ce qui s’est produit à plus d’une reprise. C’était un homme d’honneur.
Lauro Capdevila 

Alberto Blecua (1941-2020)
 
C’est une des figures les plus singulières de la philologie espagnole qui vient de disparaître en ce début d’année. Né à Saragosse en 1941, Alberto Blecua est mort à Barcelone le 28 janvier 2020. Ici, pour les hispanistes français qui l’ont peu ou mal connu, je m’efforce de faire abstraction de plus d’un demi-siècle d’amitié, pour m’en tenir à une brève évocation de son long et riche parcours professionnel.
Difficile de dire en quelques lignes ce qu’a été son œuvre d’historien et de critique de la littérature, ce qu’a été son apport à l’édition et à l’analyse des textes de ce qu’il est convenu d’appeler le « Siècle d’Or ». Car c’est non seulement un ensemble très impressionnant de travaux qu’il faut prendre en considération, mais une démarche, une approche, une manière à la fois héritée et constamment renouvelée : ce qu’il aurait répugné à appeler une « méthode ». Et pourtant, c’était bien (selon l’étymologie qui lui était chère) un « chemin » suivi avec persévérance dans l’examen circonspect de la transmission des textes, tout en s’abandonnant par ailleurs au plaisir vagabond de la lecture effectuée sans artifice.
Alberto Blecua était un modeste sûr de lui, avec une immense culture classique, une ouverture très européenne et une obstination tout aragonaise. Ces qualités, comme autant de vertus, ont fait de lui – fils d’un grand érudit, unanimement reconnu : don José Manuel Blecua (« Mucho padre », disait-il, « Sobreviví, y creo que bien ») – un enseignant et un chercheur, puis un maître tout à fait à part, rétif aux codes et aux modes du microcosme universitaire.
Alors même qu’il enseignait au lycée, il rédigea et publia une étude de critique textuelle : En el texto de Garcilaso (1970), recherche pionnière et annonciatrice de toute une série de travaux qu’il consacrera aux problèmes de l’édition, depuis son fameux Manual de crítica textual (1983), dénué de tout prurit théoricien, jusqu’à une brève « Defensa e ilustración de la crítica textual » (2009), fondée sur une simple évidence : « Esto es pura lógica, y da igual que lo haya dicho Lachmann […] o cualquier vulgar editor de textos (yo, por ejemplo) ».
Éditeur de textes, Alberto Blecua l’a été très tôt, dès 1969, avec une sélection de livres de chevalerie ou Las seiscientas apotegmas de Juan Rufo, avant de procurer ses grandes éditions de La vida de Lazarillo de Tormes (1974), de Peribáñez / Fuente Ovejuna (1980), du Libro de buen amor (1983) et du Quichotte (2006). En outre, il s’est appliqué à examiner (ou réexaminer) avec la même rigueur philologique de nombreux textes d’auteurs canoniques comme Fray Luis de León, San Juan de la Cruz, Quevedo ou Gracián. Et l’on se gardera bien d’oublier sa passionnante enquête sur la double rédaction de la República literaria de Saavedra Fajardo.
Mais la critique textuelle, dans son travail d’édition ou d’analyse, n’était jamais indifférente à l’histoire littéraire. C’est en cela qu’il était un philologue accompli, pour qui la mise en perspective chronologique est fondamentale. Cette exigence apparaît avec éclat dans le volumineux recueil de travaux qu’il publia en 2006 sous le titre, très significatif, de Signos viejos y nuevos. Estudios de historia literaria. Parmi plusieurs chapitres dans lesquels l’ambition conceptuelle est patente, on retiendra en particulier celui qui est consacré précisément au concept de Siglo de Oro (publié en 2004, mais rédigé pour l’essentiel à l’occasion d’une oposición a cátedra en 1978). Sur un sujet aussi difficile et rebattu, il avait su élaborer une mise au point très documentée et fournir des propositions que l’on n’a pas fini d’exploiter.
Travailleur infatigable, Alberto Blecua ne s’est pas contenté de mûrir, de rédiger et de publier ses propres travaux. Parallèlement, et avec la même constance, il s’est employé à former des générations d’étudiants à l’Université Autónoma de Barcelone (où il a enseigné de 1970 à 2013) et y réunir de nombreux disciples. En outre, il a pris l’initiative de fonder (en 1989) et il a longtemps animé un magnifique groupe de recherche, Prolope, avec un programme dont les membres poursuivent, sans relâche, la réalisation : éditer intégralement (selon la meilleure ecdotique) le théâtre de Lope de Vega, publier une revue, organiser des séminaires et des colloques.
De 1995 à 1999, il a assumé sobrement la présidence de l’Asociación Internacional de Cervantistas. Auparavant, sur le plan des reconnaissances institutionnelles – qui ne semblent pas l’avoir intéressé outre mesure – il avait été élu membre titulaire de la Real Academia de Buenas Letras de Barcelona et membre correspondant de la Real Academia Española. Sans trop de conviction, il a participé à de multiples bureaux, conseils et autres comités.
Alberto Blecua n’était pas un homme de pouvoir. Je me suis souvent demandé comment il avait pu être, pendant trente ans, juré du Premio Planeta (le goût de la lecture, le plaisir de la découverte de nouveaux textes, peut-être…). Désireux avant tout de se tenir à l’écart des conflits, des polémiques et des luttes d’influence, il savait préserver son quant-à-soi. Cela ne l’empêchait pas de cultiver la convivialité, bien au contraire. D’offrir sa bienveillance, et de rechercher celle de ses collègues, de ses disciples, de ses élèves. De rechercher leur amitié, autant que celle des livres, avec lesquels il devait converser en secret, comme Quevedo. Les livres, il les affectionnait au point de vouloir les posséder – dans des éditions rares, si possible. Car c’était un bibliophile impénitent, au point d’être capable de transporter entre Paris et Barcelone, deux par deux, les vingt-huit volumes de l’édition originale de L’Encyclopédie, dont il avait fait l’acquisition rue Saint-Jacques, durant l’année (1989-1990) où il a enseigné à la Sorbonne avant que je n’y prenne réellement mes fonctions.
Mais, à dire vrai, c’était un amoureux de toutes les conversations (Ah ! la tertulia du jeudi, au café Oxford !). Et, aujourd’hui, son incomparable cordialité nous manque sans doute encore plus que son impeccable érudition. Même s’il savait être généreux de l’une aussi bien que de l’autre.
Jean-Pierre ÉTIENVRE
Paris, le 4 février 2020
 

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Appels à communication

Genre et Féminismes dans les Amériques latines [GeFemLat] - 07/06/2021
Appel à dossiers, contributions CCEC - 12/10/2021
Echanges, représentations et résistances dans le monde Afro hispano-américain - 02/06/2021
Appel à contribution - revue HispanismeS - 11/07/2021
Appel à contribution pour la Revista de Estudos Literários du Centre de Littérature Portugaise de l’Université de Coimbra - 31/07/2021
Appel à direction Revue Textes et Contextes 17.2 - 15/05/2021
Colloque international Tourisme, arts et territoires - 08/10/2021
Colloque International "Les migrants de l'espace hispanique et leur héritage linguistique en Europe francophone" - 01/07/2021
TRADUIRE LE DOUBLE LANGAGE : DOUBLE JEU ET DOUBLE SENS - 15/07/2021
Intime et Intimité au Siècle d’or II. Les lieux de l’intime et le rapport au corps en Europe aux XVI et XVII siècles - 04/06/2021
“ESCRITURAS Y POLÍTICAS DE LA MIRADA EN LA LITERATURA CHILENA E HISPANOAMERICANA” - 12/07/2021
CFP/ Teatro: Revista de estudios culturales, n°34 (2022) - 15/11/2021
CFP COLLOQUE POÉSIQUE 2021 – LA MUSIQUE DES SPHÈRES Université Grenoble Alpes, 2-3 décembre 2021 - 15/07/2021
Colloque " De l'événement à sa mise en récit : fictions, propagandes et polémiques historiographiques (Espagne, XVIe-XXIe siècles)" - 15/06/2021
Colloque International « Epistolâtries : mutations contemporaines et nouvelles approches d'étude de la lettre » - 15/06/2021
Coloquio A la izquierda. Horizontes literarios latinoamericanos (1980-2021)/À gauche. Horizons littéraires latino-américains (1980-2021) - 15/05/2021
Convocatoria / Appel à communication Jornada de Estudios PILAR 2021 - 15/05/2021
Empreintes d’ailleurs dans le monde hispanique contemporain (Colloque Hispanística XX 18-19 novembre 2021) - 15/05/2021
Improntas foráneas en el mundo hispánico contemporáneo (Coloquio Hispanística XX 18-19 de noviembre de 2021) - 15/05/2021
COLOQUIO INTERNACIONAL : VIOLENCIA DE ESTADO EN EL PERÚ. DEL CONFLICTO ARMADO INTERNO (1980-2000) A LA "GENERACIÓN DEL BICENTENARIO" - 20/06/2021

Congrés, colloques et journées d'étude

08/04/2021 - Genre et Féminismes dans les Amériques latines [GeFemLat]
09/04/2021 - Appel à dossiers, contributions CCEC
09/04/2021 - Echanges, représentations et résistances dans le monde Afro hispano-américain
11/04/2021 - Appel à contribution - revue HispanismeS
11/04/2021 - Appel à contribution pour la Revista de Estudos Literários du Centre de Littérature Portugaise de l’Université de Coimbra
15/04/2021 - Appel à direction Revue Textes et Contextes 17.2
17/04/2021 - Colloque international Tourisme, arts et territoires
10/05/2021 - Colloque International "Les migrants de l'espace hispanique et leur héritage linguistique en Europe francophone"
10/05/2021 - TRADUIRE LE DOUBLE LANGAGE : DOUBLE JEU ET DOUBLE SENS
11/05/2021 - Intime et Intimité au Siècle d’or II. Les lieux de l’intime et le rapport au corps en Europe aux XVI et XVII siècles
12/05/2021 - “ESCRITURAS Y POLÍTICAS DE LA MIRADA EN LA LITERATURA CHILENA E HISPANOAMERICANA”
12/05/2021 - CFP/ Teatro: Revista de estudios culturales, n°34 (2022)
15/05/2021 - CFP COLLOQUE POÉSIQUE 2021 – LA MUSIQUE DES SPHÈRES Université Grenoble Alpes, 2-3 décembre 2021
15/05/2021 - Colloque " De l'événement à sa mise en récit : fictions, propagandes et polémiques historiographiques (Espagne, XVIe-XXIe siècles)"
15/05/2021 - Colloque International « Epistolâtries : mutations contemporaines et nouvelles approches d'étude de la lettre »
15/05/2021 - Coloquio A la izquierda. Horizontes literarios latinoamericanos (1980-2021)/À gauche. Horizons littéraires latino-américains (1980-2021)
15/05/2021 - Convocatoria / Appel à communication Jornada de Estudios PILAR 2021
15/05/2021 - Empreintes d’ailleurs dans le monde hispanique contemporain (Colloque Hispanística XX 18-19 novembre 2021)
15/05/2021 - Improntas foráneas en el mundo hispánico contemporáneo (Coloquio Hispanística XX 18-19 de noviembre de 2021)
20/05/2021 - COLOQUIO INTERNACIONAL : VIOLENCIA DE ESTADO EN EL PERÚ. DEL CONFLICTO ARMADO INTERNO (1980-2000) A LA "GENERACIÓN DEL BICENTENARIO"

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